Skip to main content

La société viennoise Innotech accélère le développement de son plastique sans pétrole, baptisé Greenfib. Après une levée de fonds d’un million d’euros en juillet, ses co-fondateurs travaillent activement à nouer de nouveaux partenariats pour démocratiser son usage dans de multiples secteurs.

Flexible. Voilà un adjectif qui colle bien à Innotech (500 000 euros de CA en 2022), société née en 2018 de l’association de Luc Ménetrey, un opticien et « Géo Trouvetou qui passe son temps à tester des choses » et Cyr Dioré, ancien DRH dans l’industrie et fondateur d’une société morbihannaise de conseils aux dirigeants et managers. Basée à Vivonne (Vienne), elle a levé en juillet 2023 un million d’euros pour accélérer les projets de développement liés à Greenfib, un plastique sans pétrole, polymère haute-performance biosourcé né en 2011 dans les locaux poitevins du laboratoire de R & D Valagro.

Matière et manière
« Luc était engagé dans une association qui envoyait des montures de lunettes en Afrique pour qu’elles soient réutilisées. En faisant un voyage sur place, il s’est rendu compte que les montures n’étaient pas utilisées comme il l’imaginait et qu’on déplaçait juste nos déchets », raconte Cyr Dioré. « Il s’est donc mis en tête de trouver une matière cohérente écologiquement, biosourcée, durable et sans concurrence avec l’alimentation ».

Greenfib est née et toujours constituée en réseau : si Innotech ne fabrique rien, elle fait appel à des sous-traitants, la plupart industriels, pour fabriquer sa matière. Elle a pour base le Rilsan, un polymère biosourcé fabriqué à partir de ricin, « qui dispose d’une vraie filière industrielle et mondiale sur laquelle nous appuyer », poursuit le co-fondateur. Il est associé à des charges minérales (du talc ariégeois, des coquilles d’huîtres bretonnes) et végétales (farines de bois et de roseau) pour « renforcer notre capacité à industrialiser la matière et augmente son utilisation dans l’industrie », assure Cyr Dioré. La philosophie : « changer nos réflexes de consommation en créant des objets signés, eux-mêmes acteurs de la transformation écologique ».

Démocratiser l’usage
Fabriqué par la société viennoise Futuramat et l’entreprise morbihannaise Elixance, qui élabore des colorants additifs pour les matières plastiques, Greenfib se retrouve déjà dans des décorations de Noël à Bordeaux ou Besançon ou dans des stylos promotionnels de la marque BIC, une collaboration entamée en 2020 avec l’expert du jetable « que nous espérons poursuivre », confie Cyr Dioré. Son collègue opticien n’a pas non plus perdu de vue les lunettes : avec la marque OXO, Innotech a vendu 40 000 paires de lunettes aux montures Greenfib à l’enseigne Écouter Voir dans plus de 750 magasins, qui servent aussi de point de collecte pour les recycler.

Pour démocratiser son usage, Greenfib agit aussi dans la manière qu’a son réseau de faire du business. « Comme notre matière est deux à cinq fois plus chère qu’un plastique normal, nous tentons de convaincre nos prestataires de ne pas modifier leur marge. C’est une autre manière pour eux de faire de la RSE, une forme d’engagement écologique pour rendre la matière accessible au plus grand nombre ».

Fort de sa levée de fonds, Innotech ne manque pas de projets : Greenfib va lancer en 2024 sa propre collection de lunettes. La société est actuellement en discussion pour fabriquer des présentoirs à produits pour des magasins de cosmétique. Enfin, elle songe à investir d’autres secteurs, comme le bâtiment. « Parmi les nouveaux actionnaires entrés au capital, Jocelyn Bernard vient de chez Rexel, un gros distributeur de matériel électrique. Ses fournisseurs, comme Schneider ou Legrand, deviennent des cibles pour nous ».

Lire l’article sur le Journal des Entreprises

Cyr Dioré

Author Cyr Dioré

More posts by Cyr Dioré

Leave a Reply